Comment utiliser une lampe de Wood pour détecter la teigne chez l’animal et l’humain

Bernadette Beaulé

août 19, 2026

🔍 En bref : la lampe de Wood et la teigne

  • Invention : 1903 par le physicien Robert Wood.
  • Principe : lumière UVA à ~365 nm, filtrée par un verre riche en oxydes de nickel et de fer (lumière noire).
  • Utilité principale contre la teigne : dépistage rapide et non invasif, surtout pour Microsporum canis chez le chat et le chien.
  • Couleur caractéristique : fluorescence vert pomme à vert-jaune le long des poils infectés.
  • Fiabilité : environ 50 % des teignes fluorescent ; un résultat négatif nécessite une culture mycologique.
  • Sécurité : exposition brève sans danger, mais il faut éviter de regarder directement la source et protéger les yeux.
  • Limite : la lampe de Wood ne tue pas le champignon ; la température > 60 °C est indispensable pour détruire les spores.

Qu’est-ce qu’une lampe de Wood ?

La lampe de Wood est un dispositif médical inventé en 1903 par le physicien américain Robert Wood, qui émet une lumière ultraviolette à ondes longues (UVA, ~365 nm) en ne laissant passer quasiment aucune lumière visible grâce à un verre filtrant riche en oxydes de nickel et de fer. Ce verre particulier, souvent appelé « verre de Wood », bloque la majeure partie du spectre visible et ne conserve que les UVA, produisant cette fameuse « lumière noire » caractéristique. Historiquement, après sa mise au point, l’appareil a été recommandé en dermatologie dès 1925 pour la détection des infections fongiques. Aujourd’hui, on utilise aussi bien les modèles à ampoule à vapeur de mercure que les versions LED à 365 nm, plus compactes et puissantes. Sa capacité à révéler des fluorescences invisibles à l’œil nu en fait un outil de premier plan en médecine vétérinaire et humaine.

Comment la lampe de Wood détecte-t-elle la teigne ?

Sous la lampe de Wood, les dermatophytes du genre Microsporum canis, principaux responsables de la teigne chez le chat et le chien, produisent une fluorescence vert-jaune caractéristique due aux ptéridines qui s’accumulent dans la gaine des poils infectés. Les ptéridines sont des métabolites fluorescents produits par le champignon lorsqu’il colonise la kératine du poil. Lorsque la lumière UVA les atteint, elles réémettent une lueur vert pomme intense, visible uniquement dans l’obscurité. Ce phénomène de luminescence n’est pas universel : d’autres espèces fongiques, comme Trichophyton mentagrophytes, ne génèrent pas de ptéridines en quantité suffisante pour fluorescer. Ainsi, le test à la lampe de Wood cible surtout les infections à Microsporum, d’où son importance en dermatologie vétérinaire où cette espèce prédomine.

lampe de wood teigne

Utilisation pratique de la lampe de Wood

Pour dépister une teigne, on place l’animal (ou le patient humain) dans une pièce totalement obscure, on allume la lampe de Wood (souvent après quelques minutes de chauffe pour les modèles à vapeur de mercure) et on balaie lentement l’ensemble du pelage ou de la peau, en insistant sur les zones dépilées ou squameuses. La lampe doit être tenue à environ 10-15 cm de la surface à examiner. Une fluorescence vert pomme brillante le long des tiges pilaires signe une forte suspicion de teigne à Microsporum canis. En médecine vétérinaire, on prélève ensuite ces poils fluorescents à la pince pour les mettre en culture sur milieu spécifique (DTM, dermatophyte test medium) et confirmer le diagnostic. L’examen est rapide, indolore et peut être répété autant de fois que nécessaire, ce qui en fait un outil de choix pour le suivi de la maladie.

À quoi ressemble une teigne sous lampe de Wood ?

Une teigne positive se présente comme une fluorescence vert pomme brillante, localisée le long de la tige pilaire, souvent visible à la base des poils, et disparaît dès que l’on éteint la lampe. La couleur précise peut varier du vert-jaune pâle au vert émeraude selon l’intensité de l’infection, la souche fongique et l’épaisseur du poil. Chez le chat, on observe typiquement des poils brillants, comme illuminés de l’intérieur, parfois regroupés en petites touffes sur les zones de dépilation. Il est capital de savoir différencier cette fluorescence des reflets bleutés ou blancs que peuvent donner les squames, les croûtes ou certains produits topiques (pommades, shampoings), qui ne correspondent pas à une infection active. Un œil exercé fait la distinction, mais en cas de doute, seul le prélèvement et la culture confirment la teigne.

La lampe de Wood pour la teigne du chat

Chez le chat, la teigne est très souvent due à Microsporum canis, une espèce qui fluoresce nettement sous lampe de Wood ; c’est pourquoi cet outil est largement utilisé en première intention dans les cliniques vétérinaires pour un dépistage rapide et non invasif. Les chats, en particulier les jeunes ou ceux vivant en collectivité (refuges, élevages), sont des réservoirs importants de cette mycose zoonotique transmissible à l’homme. En pratique, un examen complet du pelage en pièce obscure permet d’identifier les zones suspectes et d’orienter les prélèvements. Même si seul un chat sur deux environ montre une fluorescence, la positivité du test offre une quasi-certitude de teigne à Microsporum, ce qui autorise parfois une mise en traitement immédiate avant les résultats de la culture. Les vétérinaires utilisent également la lampe de Wood pour contrôler l’efficacité du traitement : la disparition progressive de la fluorescence est un bon indicateur de guérison.

⚠️ À retenir

Tous les chats porteurs de teigne ne fluorescent pas. Une absence de lueur n’exclut jamais l’infection, surtout si le chat présente des lésions cutanées suspectes. Ne vous fiez pas uniquement à la lampe de Wood pour écarter un diagnostic de teigne chez votre animal.

Limites et fiabilité du test

Environ 50 % des infections fongiques ne produisent aucune fluorescence à la lampe de Wood, ce qui signifie qu’un résultat négatif n’exclut pas la teigne ; une culture mycologique reste le gold standard diagnostique. Plusieurs facteurs expliquent cette sensibilité limitée : l’espèce en cause (les Trichophyton sont rarement fluorescents), la charge fongique, l’ancienneté de l’infection, la présence de traitements antifongiques préalables ou même la qualité de la lampe. De plus, certaines fluorescences faussement positives peuvent être engendrées par des résidus de topiques ou des bactéries saprophytes. C’est pourquoi tout résultat positif doit être confirmé par une mise en culture sur milieu DTM (qui vire au rouge en présence de dermatophytes) et/ou un examen microscopique direct des poils. En médecine vétérinaire, la combinaison lampe de Wood + culture est la stratégie recommandée pour un diagnostic fiable.

Autres utilisations de la lampe de Wood en dermatologie

La lampe de Wood ne sert pas qu’à la teigne : elle permet également de dépister d’autres mycoses (comme le pityriasis versicolor, fluorescence jaune-orange), des infections bactériennes (érythrasma, rouge corail), ou des troubles de la pigmentation (vitiligo). En dermatologie humaine, cet examen est couramment utilisé pour différencier les lésions hypopigmentées (le vitiligo affiche une fluorescence blanc brillant sous la lampe, alors que d’autres hypomélanoses restent ternes), détecter les infections à Pseudomonas aeruginosa (vert vif), ou encore mettre en évidence certaines porphyries. Chez l’animal, la lampe de Wood permet aussi d’évaluer la propreté des surfaces en clinique (certaines contaminations organiques deviennent fluorescentes) et de repérer les dépôts de porphyrines dans les urines ou les fèces lors de maladies métaboliques. Elle constitue ainsi un outil polyvalent, facile à utiliser dans le cabinet du vétérinaire comme chez le dermatologue.

Interprétation des couleurs : tableau récapitulatif

Voici un tableau récapitulatif des principales fluorescences observées en dermatologie humaine et vétérinaire sous lumière de Wood. Ces repères aident le clinicien à orienter son diagnostic, mais ils ne remplacent jamais les examens complémentaires (culture, biopsie).

Affection Couleur de fluorescence Notes
Teigne à Microsporum canis Vert pomme / vert-jaune vif Le long des poils, souvent la base
Pityriasis versicolor (Malassezia) Jaune orangé Lésions arrondies sur le tronc
Érythrasma (Corynebacterium) Rouge corail Plis de la peau (aine, aisselles)
Infection à Pseudomonas Vert vif Plaies chroniques, ulcères
Vitiligo Blanc brillant / bleuté Contraste net avec la peau saine
Porphyries (dents, urines) Rose orangé Affection métabolique rare

Sécurité et dangers de la lampe de Wood

Bien que la lampe de Wood émette des UVA, une exposition brève et occasionnelle lors d’un examen ne présente pas de risque majeur, mais il est impératif d’éviter de regarder directement la source lumineuse et de protéger les yeux des patients et du praticien. Les UVA pénètrent moins profondément que les UVB mais peuvent tout de même provoquer une irritation oculaire en cas d’exposition prolongée. En médecine vétérinaire, on veille à ne pas diriger le faisceau vers les yeux de l’animal et à limiter le temps d’examen à quelques minutes. Les lampes modernes à LED sont conçues pour émettre un faisceau étroit, réduisant ainsi les risques. Aucun effet cancérigène cutané n’a été documenté pour un usage diagnostique ponctuel, mais il est déconseillé d’utiliser la lampe de Wood comme source de bronzage ou de manière répétée sur une même zone. En pratique, le port de lunettes de protection anti-UV est recommandé pour l’opérateur.

Prix et choix d’une lampe de Wood

Les lampes de Wood vétérinaires de bonne qualité se trouvent entre 30 et 150 €, les modèles à LED rechargeables offrant un excellent compromis entre puissance et autonomie pour un usage professionnel ou domestique éclairé. Il existe plusieurs catégories :

  • 🎯 Lampes de poche à LED (30‑60 €) : légères, rechargeables par USB, idéales pour un examen rapide au domicile du client ou en refuge. Leur longueur d’onde est bien centrée sur 365 nm.
  • 🔬 Modèles à ampoule de Wood classique (80‑150 €) : souvent sur pied ou à main, ils nécessitent un temps de chauffe mais offrent une surface d’examen plus large.
  • 🏥 Stations professionnelles (200‑400 €) : utilisées en dermatologie humaine, parfois avec loupe intégrée.

Pour un particulier souhaitant dépister la teigne sur son animal, une lampe LED de milieu de gamme (environ 50 €) est suffisante, à condition de bien comprendre ses limites. Avant d’acheter, vérifiez que le produit est bien une lampe de Wood (et non une simple lampe UV de discothèque) et qu’elle mentionne une émission à 365 nm.

Comment tuer la teigne : le rôle de la température

La lampe de Wood ne tue pas le champignon ; pour éliminer les spores de teigne de l’environnement, il est indispensable de laver les textiles, les couvertures et les vêtements à une température supérieure à 60 °C, seul seuil thermique capable de les détruire. Les spores de dermatophytes sont extrêmement résistantes et survivent des mois dans les poussières, les paniers ou les brosses. Le lavage en machine à 60 °C pendant au moins 30 minutes permet de les inactiver. Pour les surfaces dures (cages, sols), on utilise des désinfectants antifongiques à base d’eau de Javel diluée ou des produits vétérinaires spécifiques. Nettoyez également régulièrement les aspirateurs et les griffoirs. En parallèle, le traitement de l’animal par antifongiques locaux et/ou systémiques reste indispensable pour interrompre la contamination. La lampe de Wood, elle, garde tout son intérêt pour contrôler la disparition des poils fluorescents au fil du traitement.

✨ Mon verdict

La lampe de Wood est un outil de diagnostic formidable, rapide et non invasif pour la teigne, à condition de garder en tête trois réalités essentielles. D’abord, sa spécificité est bonne lorsqu’on voit du vert pomme, mais sa sensibilité n’est que de 50 %, ce qui impose de toujours confirmer un résultat négatif par une culture. Ensuite, elle ne remplace en aucun cas un bon examen clinique et une prise en charge thérapeutique complète. Enfin, elle trouve tout son sens en médecine vétérinaire, notamment chez le chat, où Microsporum canis règne en maître, mais elle rend aussi de fiers services en dermatologie humaine pour différencier de multiples affections cutanées.

Si vous êtes parent d’un animal à risque, je vous recommande d’investir dans une lampe de Wood LED correcte (environ 50 €), de vous former à son utilisation (pièce obscure, balayage méthodique) et d’interpréter les résultats avec prudence : un vétérinaire reste l’interlocuteur de choix en cas de doute. Et n’oubliez pas que le vrai tueur de spores, c’est la machine à laver à 60 °C, pas les UV !

Et vous, avez-vous déjà utilisé une lampe de Wood sur votre animal ou avez-vous été confronté à une teigne sans fluorescence ? Racontez-moi votre expérience en commentaire.

❓ Questions fréquentes

Pourquoi la lampe de Wood n’est-elle positive que dans 50 % des cas ?

La fluorescence dépend de l’espèce fongique en cause. Microsporum canis produit des ptéridines fluorescentes, mais d’autres dermatophytes comme Trichophyton en génèrent peu ou pas. De plus, une charge fongique faible, des traitements antifongiques antérieurs ou la présence de squames peuvent masquer la lueur. Certains modèles de lampe de Wood manquent aussi de puissance. C’est pourquoi la sensibilité globale avoisine 50 %, ce qui oblige à réaliser une culture mycologique pour ne pas passer à côté d’une teigne, surtout lorsque le test est négatif chez un animal symptomatique (source : Clinique Vétérinaire Cagnes-sur-Mer).

Un résultat négatif à la lampe de Wood signifie-t-il qu’il n’y a pas de teigne ?

Absolument pas. Une absence de fluorescence n’écarte pas le diagnostic. Seule une culture fongique (ou un examen PCR) permet de confirmer l’absence de dermatophytes. En pratique vétérinaire, on combine toujours l’examen clinique, la lampe de Wood et la culture sur milieu DTM pour un diagnostic fiable. Un test négatif doit être interprété avec prudence, surtout si l’animal présente des lésions typiques de teigne. Dans le doute, mieux vaut traiter l’environnement et l’animal comme s’ils étaient contaminants en attendant les résultats du laboratoire.

La lampe de Wood présente-t-elle un danger pour les yeux ?

Une exposition brève (quelques minutes) lors d’un examen ne provoque pas de lésion oculaire, à condition de ne pas regarder directement la source. Les UVA longs (365 nm) sont moins nocifs que les UVB, mais ils peuvent causer une gêne et, en cas d’exposition prolongée, favoriser la cataracte. En milieu vétérinaire, on recommande le port de lunettes anti-UV pour le praticien et l’on évite de diriger le faisceau vers les yeux de l’animal. Pour un usage occasionnel sans fixer la lampe, le risque est minime (référence : notice du fabricant, Lampe de Wood IDEALDERM, mode d’emploi).

Peut-on acheter une lampe de Wood pour un usage domestique ?

Oui, il existe des modèles LED abordables (30 à 80 €) destinés aux particuliers. Ils permettent un premier dépistage à la maison, notamment lorsqu’on suspecte une teigne sur un chat ou un chien. Il faut toutefois être conscient des limites : une fluorescence absente ne garantit pas l’absence de teigne, et une fluorescence visible impose une consultation vétérinaire pour confirmer le diagnostic et débuter un traitement. Privilégiez les lampes certifiées « lampe de Wood » (365 nm) et évitez les lampes UV « blacklight » fantaisie qui ne sont pas calibrées pour le diagnostic fongique.

Comment différencier une fluorescence due à la teigne d’autres causes ?

La teigne à Microsporum canis produit une fluorescence vert pomme caractéristique située le long des poils, pas sur la peau nue. Les squames, les résidus de pommade ou certains agents nettoyants peuvent donner une lueur blanche ou bleutée diffuse, facile à confondre. Les bactéries comme Pseudomonas montrent une fluorescence vert vif, mais plutôt sur les plaies. Un vétérinaire expérimenté sait faire la distinction à l’œil nu ; un particulier devrait considérer toute fluorescence suspecte comme potentiellement liée à la teigne et consulter. Une culture reste le seul moyen de trancher définitivement (source Veterimat).

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